Zimbabwe: Le Film de la chute du Président Robert Mugabe

Le Président Robert Mugabe a finalement démissionné (AP Photo/Themba Hadebe)

Le président zimbabwéen Robert Mugabe a remis une lettre de démission au Parlement, a annoncé Jacob Mudenda, président de l’Assemblée nationale, ce mardi 21 novembre. Le chef de l’Etat, qui est âgé de 93 ans, était en résidence surveillée depuis l’intervention de l’armée, mercredi dernier, mais refusait de céder le pouvoir qu’il exerçait depuis l’indépendance, en 1980.

L’essentiel :

► Robert Mugabe a annoncé sa démission « avec effet immédiat » dans un communiqué lu par le président du Parlement zimbabwéen.

► La nouvelle a provoqué des scènes de liesse dans la capitale Harare.

► L’armée appelle la population à la « retenue » et au respect de la loi.

► L’ancien vice-président Emmerson Mnangagwa devrait être nommé président par intérim ce mercredi.

L’annonce tombe peu avant 17h ce mardi, au centre international de conférence d’Harare. Les parlementaires sont alors rassemblés pour décider de déposer ou non d’une motion de défiance contre le plus vieux chef d’Etat de la planète.

Alors que l’audience est en cours, le président de l’Assemblée nationale reçoit un courrier et le lit devant tous les députés, annonçant la démission de Robert Mugabe : « Moi, Robert Gabriel Mugabe […] remets formellement ma démission de président de la République du Zimbabwe avec effet immédiat », indique-t-il dans le communiqué.

Des centaines de personnes descendent alors dans les rues pour crier leur joie sous les sifflets et les klaxons. Toute la ville d’Harare résonne de clameurs de joie. Après les deux jours de torpeur qui ont suivi l’apparition décevante de Robert Mugabe à la télévision dimanche soir, les Zimbabwéens crient maintenant leur bonheur et leur désir de liberté.

Face à cette mobilisation populaire, l’armée a appelé les Zimbabwéens à la responsabilité. « Au vu des derniers développements dans le pays, les forces de défense et de sécurité veulent appeler les Zimbabwéens de tous bords politiques à faire preuve de la plus grande retenue et à pleinement respecter la loi et l’ordre », a déclaré le chef de l’état-major de l’armée, Constantino Chiwenga, devant la presse à Harare.

Des manifestants célèbrent la démission de Robert Mugabe, le 21 novembre 2017 dans les rues de Harare. © REUTERS/Mike Hutchings

Une semaine de chaos

Pour rappel, l’armée du Zimbabwe a pris le contrôle du pays dans la nuit du 14 au 15 novembre. Au départ, mercredi dernier, on voit quelques chars dans les principales artères d’Harare. Le flou règne pendant plusieurs heures. Des troupes contrôlent les voies d’accès aux principaux ministères, au Parlement et aux tribunaux, mais la vie suit son cours dans les rues de la capitale.

A l’aube, le général Sibusiso Moyo annonce à la télévision nationale qu’il ne s’agit pas d’un coup d’Etat. L’armée se contente d’éliminer les « criminels dans l’entourage de Robert Mugabe ». C’est par la voix du président sud-africain Jacob Zuma que l’on apprend le lendemain que Robert Mugabe est en résidence surveillée.

C’est alors que s’engage un bras de fer qui va durer sept jours. Des négociations se mettent en place entre Robert Mugabe qui refuse catégoriquement de quitter le pouvoir et les militaires qui souhaitent se débarrasser du héros de l’indépendance en douceur, ou plutôt « dans la dignité » comme ils aiment à le dire.

Pour accélérer le mouvement, la Zanu-PF organise des consultations dans les provinces du pays le week-end dernier. Dimanche, le haut comité se réunit pour destituer le président Mugabe de ses fonctions de président du parti. C’est le premier mouvement d’une stratégie qui doit mener à l’impeachment au Parlement, c’est-à-dire une procédure de destitution. L’annonce de la démission du président Mugabe est finalement annoncée au Parlement sous les applaudissements tonitruants de l’hémicycle.

Emmerson Mnangagwa en lice pour la présidence

L’ancien vice-président zimbabwéen Emmerson Mnangagwa devrait être nommé mercredi président par intérim, a indiqué à l’AFP le porte-parole de la Zanu-PF. « Le président du Parlement fera l’annonce demain » mercredi, a déclaré Simon Khaya-Moyo. « Le vice-président évincé Mnangagwa, que le comité central du parti a adoubé, devrait être celui qui prêtera serment en tant que président pour une période de 90 jours », a-t-il déclaré.

Surnommé le « crocodile » pour son caractère impitoyable, Emmerson Mnangagwa a longtemps attendu son heure. A 75 ans, cet ancien bras droit de Robert Mugabe est en pole position pour accéder aux instances suprêmes. D’autant qu’il a déjà été choisi dimanche pour remplacer Robert Mugabe à la direction du parti au pouvoir.

Explosion de joie au Parlement zimbabwéen à Harare, le 21 novembre 2017, après l’annonce de la démission de Robert Mugabe. © Jekesai NJIKIZANA / AFP

Des réactions dans le monde entier

A l’étranger, Theresa May a été la première à réagir à cette annonce. « La démission de Robert Mugabe offre au Zimbabwe l’opportunité de se forger une nouvelle voie libre de l’oppression qui a caractérisé son pouvoir », a estimé la Première ministre britannique dans un communiqué, à propos de cette ancienne colonie britannique. « En tant que plus vieil ami du Zimbabwe, nous ferons tout ce qui est possible pour apporter notre soutien, en travaillant avec nos partenaires internationaux et régionaux pour aider le pays à atteindre l’avenir meilleur qu’il mérite », a-t-elle conclu.

Un peu plus tard, le chef de la diplomatie britannique a abondé dans son sens, rapporte notre correspondante à Londres, Muriel Delcroix. Boris Johnson qualifie cette démission de « moment d’espoir pour le pays et le peuple zimbabwéen », et souhaite qu’elle soit « un tournant vers des élections libres, justes et démocratiques l’an prochain ».

Le départ du président Robert Mugabe est une « opportunité historique pour les Zimbabwéens » et leur volonté d’en finir avec « l’isolement du Zimbabwe », a pour sa part déclaré la porte-parole du département d’Etat américain. « L’avenir du Zimbabwe devra être décidé par les Zimbabwéens », a ajouté Heather Nauert, appelant à l’organisation d’élections « libres et équitables ».

Sur France 24, Alpha Condé a fait part de son « soulagement ». Le président guinéen, également président en exercice de l’Union africaine, a aussi pris soin de rappeler le passé du président démissionnaire : « Il ne faut jamais oublier que Mugabe a été un très grand combattant, un héros africain. C’est dommage qu’il sorte par la petite porte et qu’il soit désavoué par le Parlement ». Et de saluer le fait qu’une solution politique ait été trouvée pour sortir de la crise politique. « Le fait que la Zanu ait demandé au président de démissionner, c’est une solution politique qui respecte la Constitution », a ajouté Alpha Condé.

De son côté, le président de la Commission de l’Union africaine, Moussa Faki Mahamat, s’est félicité par la voix de son porte-parole Ebba Kalondo de la décision prise par Robert Mugabe, qu’elle qualifie d’« acte de courage politique ».

Le président du Mali, Ibrahim Boubacar Keïta, a de son côté salué « plutôt une issue heureuse ». Il a également tenu à rappeler le passé de « héros national » de Robert Mugabe.

En Afrique du Sud, l’annonce de la démission de Robert Mugabe a fait éclater la joie de la diaspora zimbabwéenne qui représente plus d’un million de personnes.

Document réalisé avec RFI

 

 

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